MAIS QUE FAIRE DU PASSE ?
Une jeune femme, devenue écrivain public " pour changer de vie ", détient à son insu la preuve dun double meurtre.
Croyant être mêlée à lenquête par hasard, elle ne voit pas le danger qui la guette.
Et profite innocemment de sa rencontre avec un charmant enquêteur. Lorsquelle découvre, hélas en même temps que les tueurs, limportance de son rôle, une course contre la montre sengage pour faire éclater la vérité.
Lincertitude simposait à lui, rien narrivait à le rassurer, pas même lhumeur bonasse et la courtoisie de façade dun voisin qui lavait salué sous le porche dentrée
Ses pensées étaient plus sombres que les nuées qui samoncelaient dans le ciel.
Lorage qui menaçait légitimait sa fuite aux yeux des passants qui courraient eux aussi, à la recherche dun abri ou tout simplement rentraient chez eux. Ce quil craignait était bien plus dangereux quun orage. Il ne pouvait pas rentrer chez lui. " Ils " devaient ly attendre
Arrivé sur le quai, il se retourna lair de rien, se demandant si le pas précipité de lhomme qui le suivait était seulement dû à larrivée du train en station.
Lhomme attendit sagement que les voyageurs aient quitté la voiture, puis il monta et sinstalla sur le seul siège libre avec un sourire béat.
Il scrutait la foule lil hagard. Et sIls étaient là, parmi tous ces gens ? ! Langoisse qui lavait cloué dans lentrée de son immeuble quelques minutes plus tôt lui intimait maintenant lordre de fuir. Fuir vers nulle part, juste pour sauver sa peau.
Il décida de semer ses éventuels poursuivants en allant au hasard dans le métro. Cela lui donnerait le temps de réfléchir.
Il se retrouva, sans trop savoir comment dans limmense salle déchange dAuber.
Il y avait un café là, entre métro et RER. Il se laissa tomber sur la petite chaise bistrot et saffala sur le guéridon. La sueur perlait à son front. Il navait même pas chaud.
La main qui se posa sur son épaule le fit sursauter. Il était terrifié.
- " Vous désirez quelque chose ? " demanda le garçon en reculant dun pas, surpris par la réaction de son client.
- " Oui, euh, un café, je vous prie. " balbutia-t-il sur un ton dexcuse.
Le garçon séloigna en hochant la tête : " ah, ces parisiens . "
Il tenta de rassembler ses idées. Il lui fallait imaginer très vite une solution pour se tirer de ce pétrin
Linspiration tardait à venir. Il ne pouvait pas rester là éternellement. La foule qui grossissait à mesure que les minutes le rapprochaient de lheure de pointe, le rassurait. Au moins parmi toutes ces personnes Ils ne tenteraient rien. En même temps, le côté anonyme de cette population souterraine ajoutait à son anxiété : Qui parmi eux était le meurtrier ? Lavait-il suivi ? Le reconnaîtrait-on ? que faire ? !
Il avala son café et lâcha une pièce de dix francs sur la table. Elle tinta à peine dans le brouhaha des conversations.
Des éclats de voix lattirèrent vers les appareils de contrôle. Il navait pourtant aucune chance dy trouver de laide.
Il se laissa porter par le flot des banlieusards pressés jusquau quai. Il y avait trop de monde maintenant. Il navait plus confiance.
Une idée lui traversa lesprit. Oui, il connaissait quelquun qui pourrait laider !
Il rejoignit SAINT LAZARE et sembarqua en direction de LUNIVERSITE
Cest arrivé à CARREFOUR-PLEYEL quil le remarqua. Il en était sûr, ce type était à la clinique ce matin quand il avait appris le " suicide "de GERFAUT. Il lavait vu aussi sur le trottoir devant chez lui ! Laffolement lenvahit.
Lhomme semblait regarder au dehors, distrait. Mais il jetait de temps en temps un coup dil discret vers lui. PORTE DE PARIS, BASILIQUE, lhomme ne descendait pas. Il naurait pas le courage dattendre le terminus . La panique le fit sauter hors du train à peine la porte ouverte.
Il courut sans se retourner , espérant se fondre dans la chaîne humaine qui montait lescalier.
Au dehors lorage avait éclaté. Il eut limpression que le ciel lui tombait sur la tête. De lourdes gouttes martelaient son crâne et venaient terminer leur chute dans son cou. Dans lagitation il sétait trompé de direction. Il tournait le dos à lUniversité et se dirigeait droit vers la gare.
Jamais je naurais imaginé, lorsque je décidais de changer de vie, que cela la bouleverserait autant. Javais ouvert cette officine décrivain public depuis moins dun an quand je basculais dans un monde qui avait toujours relevé pour moi du fantasme, celui-là même qui noircissait les pages de mes romans policiers, sans cesse réécrits et jamais édités.
Je pensais rester à jamais ordinaire, seule dans ma boutique, pianotant sur mon ordinateur une lettre larmoyante destinée à une administration incrédule, à plaider la cause dun de mes clients illettrés. La plupart dentre eux navait en effet pas les moyens de naviguer dans les arcanes de cette société turbulente qui est la nôtre.
Mon lot quotidien était fait de ces lettres administratives, relances, dossiers de candidatures et autres C.V. qui nous étouffent. Javais réussi, avec très peu de matériel au début, à me constituer une petite clientèle dhabitués, que jallais même visiter à loccasion, à linstar dun médecin venu les guérir de leurs mots
La pluie dautomne tambourinait la vitrine, la drapant dun bruyant rideau de perles translucides. On voyait à peine au travers. Je ne distinguais même plus la rue. Je devinais les voitures, ombres fantomatiques sur une vague routinière, affrontant les " grandes marées déquinoxe " à plus de trois cents kilomètres des côtes, traversant en ronronnant leurs assauts diluviens.
Quest-ce qui put bien lui donner lidée dentrer là ? ! Le côté intimiste et discret de cette devanture, sans doute, coincée entre une agence bancaire à guichets automatique et une " Foire à tout pas cher " aux allures de bric-à-brac, barricadée sous des bâches en plastique.
Jai tout de suite su, quand il est entré, que les ennuis nallaient pas tarder
Demblée je me suis fait la réflexion : il ressemblait à ce charmant monsieur qui mavait séduite dix-neuf ans plus tôt, me laissant un adorable souvenir prénommé Camille.
Une allure distinguée, des yeux dopale irisés de pépites dargent, surmontant un sourire quil devrait être interdit de porter en public sans encourir de poursuites.
" Un de ces types qui fait pas vrai ! " aurait dit Camille experte en la matière. De ceux que lon ne voit quau cinéma ou dans les pages des magazines people, sur les photos volées à la vie de jolies princesses. Ceux qui ornent les bras des Top-Models, agrémentent leurs bords de piscine. Bref, un mec qui navait rien à faire dans ma banlieue triste.
Cette présence incongrue me troublait à lévidence et il semblait sen amuser. Ses cheveux noirs plaqués sur des tempes enneigées et ruisselantes, son regard triste presque angoissé, lui donnaient un petit air vulnérable que je savais être dangereux pour moi. Je le sentais fébrile, envahi par un indéfinissable malaise.
-" Puis-je entrer ? "
Cette voix Il ny a pas que le sourire quon aurait dû interdire !
Lémotion mavait clouée. Bouche-bée, je le regardais sasseoir face à moi.
-" Tous travaux décriture. Cest ce que dit votre enseigne, nest-ce pas ? Vous pouvez vraiment réaliser tous les types de lettre ? même les lettres damour "
Cétait quoi là ? Une blague ? " Surprise sur prise " ? ! Il me draguait ou il me posait vraiment la question ?Je rassemblais difficilement le peu de lucidité que mavait laissé cette basse attaque et répondis un peu sur la défensive :
-" Tous travaux décriture, cest ce que dit lenseigne en effet. Et je suis capable décrire nimporte quel courrier, même très personnel dans certaines limites, cela va de soi. "
-" Oh ne vous méprenez pas, " sempressa-t-il de me rassurer, " je nai pas lintention dêtre inconvenant. Cest juste voyez-vous que je ne suis pas très doué pour parler sentiments et je me suis dit en vous voyant, que peut-être, vous "
Il se lança dans un irrésistible plaidoyer en faveur des hommes daffaires, trop occupés, élevés à la dure, qui nont pas le temps, pas de vocabulaire hormis les courbes statistiques et les bilans, et qui nont pour tous rapports humains que les revendications demployés inconscients des enjeux économiques dont ils sont les principaux acteurs.
Le ton pompeux et presque " joué " sur lequel il distillait ce fallacieux discours commençait à me le rendre nettement moins sympathique.
Je voulus croire néanmoins en sa sincérité, mais lui trouvais désormais trop de points communs avec le père de Camille pour lui accorder la moindre séduction. Je me sentais tout à coup désolée pour sa dulcinée (épouse ou maîtresse ?), à qui il nétait même pas capable de parler. Au moins lui faisait-il de leffet, cest ce que jespérais pour elle.
Et quelle sorte de lettre désirait-il ce brave homme ? Déclaration, rupture, demande en mariage ? !
Le cynisme que je lui prêtais sévanouit pourtant en une seule phrase :
-" Jai tellement peur de ne jamais la revoir " dit-il avec tant de tristesse, " et les mots sont si dérisoires. Je nai pas de talent. Je voudrais pourtant quelle ait un souvenir de moi. Quelle sache combien je laime. "
Et le voilà parti à me raconter une sordide histoire de maladie incurable et terriblement transmissible quil ne voulait pas quelle contracte cette lettre était bel et bien une lettre damour mais aussi et surtout la plus difficile lettre dadieu que jaurais jamais à écrire.
X
Le matin suivant une effervescence anormale mattira vers le canal. Je me dirigeais vers lIle de toute façon. Jallais visiter un de mes clients, croulant sous un monceau de mises en demeures, qui nosait pas sortir de chez lui de peur de ne plus rien y trouver en rentrant.
Il navait décidément rien à craindre ce jour-là. Les embouteillages seraient son meilleur rempart.
La police avait détourné la circulation et procédait à des relevés divers. Les inspecteurs étaient penchés sur le corps et échangeaient leurs impressions.
X
Le flic sagenouilla. Il sapprocha si près du visage de la victime que lon eut cru quil chercherait à le ranimer. Il observa avec minutie le moindre trait, la plus petite marque.
- " Tu le connais toi ? " demanda-t-il à son collègue sans se retourner.
- " Inconnu au bataillon. " répondit lautre, plus jeune, en mâchonnant le bout de son stylo.
" Trop distingué, pas le genre de la maison. "
-" Ne te fies jamais aux apparences, garçon Peut-être quelles parleront. " ajouta le " chef " en soulevant la main gauche du cadavre.
-" Noyé ? " senquit ladjoint.
-" Je ne crois pas, mais il faudra attendre les conclusions du légiste. On verra "
Il reposa délicatement la main et entreprit une fouille méticuleuse du corps.
-"Pas de portefeuille, pas de papiers didentité "
-" Il ne sest pas balancé tout seul "
-" Mouais jai du mal à pencher pour le suicide. On laura dépouillé avant de le jeter à leau. "
Elle navait pas résisté à la tentation. Elle naurait pas passé le pont de toute façon. Elle avait laissé sa voiture un peu plus bas dans la rue. Elle se fraya un chemin jusquà la station du tramway. Lui seul semblait encore avoir le droit de rouler. Les badauds se pressaient à la balustrade. Du pont, la vue nétait pas très bonne. Elle descendit jusque derrière les barrières où deux uniformes faisaient la police. Ils se croisaient juste devant elle en vociférant quil fallait reculer, quil ny avait rien à voir
Cest à cet instant que linspecteur leva les yeux pour les encourager :
-" Virez moi tout ça on va le bouger ! "
Son regard croisa celui de la jeune femme à la mine déconfite. Il remarqua immédiatement son malaise. Elle connaissait la victime !
Il brandit un doigt accusateur dans sa direction : - " Cette fille, là ! Amenez-la moi ! "
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Sur le moment je nai pas cru quil parlait de moi. Je regardais à gauche, à droite dans lespoir dapercevoir la jeune fille. En fait de demoiselle cétait moi que lon invitait cordialement à rejoindre le théâtre des opérations. Je nen revenais pas de laubaine, moi qui ne perdais pas une occasion de me documenter sur les méthodes dinvestigation policières.
Je ne pensais pas avoir été si visiblement touchée davoir reconnu mon homme daffaires de la veille.
Il ny a pas à dire " Flic, cest un métier ! "
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Elle fut conduite jusquà lofficier avec attention. Le gardien la trouvait vraiment pâle :
-" Vous vous sentez bien ? "
-" Oui, oui, ça va " répondit-elle dans un état second.
-" Elle a lair secoué " remarqua ladjoint.
La conversation qui sengagea entre le policier et la jeune femme devait apporter plus de questions que de réponses. En effet, elle avait rencontré linconnu la veille. Il avait prétendu sappeler Pierre Leroy et lui avait payé ses services en liquide.
-" Avez-vous conservé une copie de cette lettre ? " demanda-t-il, prisonnier de son regard bleu glacier.
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En deux temps trois mouvements nous fûmes à mon bureau pour consulter la disquette COURRIER PERSONNEL que jeffaçais régulièrement. Je ne conservais ce genre de missives que quelques semaines. On narchive pas le vie privée des gens.
-" Une chance que vous les gardiez un peu tout de même. " souffla-t-il en parcourant dun il dubitatif mon travail. " Joli, très joli Il ne vous aurait pas donné ladresse de sa chère Anne par hasard ". Il ponctua sa question dune moue significative. Il ne se faisait aucune illusion sur ma réponse.
La règle de la discrétion avait beau sappliquer à mon nouveau métier, je neus pas le courage dinvoquer le secret professionnel. Néanmoins je ne pus lui être utile car mon client était resté muet à ce propos. Cette Chère Anne nétait malheureusement pour moi quun exercice de style.
- " Il était censé recopier le texte et lenvoyer lui-même. " murmurais-je à son oreille toute proche de ma bouche.
Son souffle coulait le long de ma nuque avec douceur. Jadorais ce parfum de tentation quil exhalait.
Avais-je tellement envie de changer de vie pour me laisser ainsi troubler par le premier Bel Hidalgo qui passait ma porte ? Avais-je si faim ? ! Me sentais-je si seule ?
Japerçus son sourire au coin de lécran. Avait-il lu dans mes pensées ?
Je me redressais, un peu gênée, frôlant son visage. Il séloigna sans se presser. Linstant était magique.
Etait-ce le retour du soleil après quinze jours de pluie ? La douceur revenue ? Mon cur semballa et le rouge me monta aux joues.
-" Puis-je avoir un exemplaire, sil vous plaît ? Vous faire écrire cette lettre est la dernière chose quil a faite avant de mourir cest sûrement important. "
Jen convenais. Mais le mystère sépaississait car, à moins dun message codé, je ne voyais rien dans tout cela de très encourageant pour lenquête.
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Rien ne les y obligeait mais ils passèrent la journée ensemble. Il linvita à déjeuner dans un chinois de la Porte de Paris. Il linterrogea bien au delà des limites de son enquête.
Il aurait voulu tout savoir dElle
Elle était vive, intelligente et belle de cette beauté faite de simplicité et de tempérament.
Elle recelait des secrets qui le fascinaient
Elle avait lâché une vie " bien rangée " de mère de famille, conductrice de métro, pour sadonner entièrement à sa passion : lEcriture. Elle tentait den vivre depuis un an et " cela nest pas rose tous les jours " souligna-t-elle avec un sourire adolescent Difficile de lui donner un âge. Elle possédait ce charme exaspérant des minettes de dix-sept ans, mélangé à une maturité quasi-quadragénaire. Ses neurones de flic avaient beau sagiter, il ne percerait pas immédiatement lénigme. Cette femme lui lançait un défi sans le savoir. A mesure que les minutes passaient elle devenait plus quun simple témoin Elle se livrait avec art Parcimonieusement elle distillait des épisodes de sa vie déterminants, linvitant dans son intimité avec juste ce quil faut de pudeur. Sa passion dominait la conversation. Les mots, leur force, leur caractère. Si elle était aussi douée pour le sentiment que pour la plume, il aimerait bien tester ses compétences
Le charme avait agit dans les deux sens. Elle était subjuguée. Létincelle quavait produite sa rencontre de la veille venait de senflammer au contact de ce personnage sulfureux, qui ressemblait tant à celui quelle aimait à faire évoluer au long de ses " rivières noires ".
Elle nétait pas roman fleuve, elle préférait la nouvelle, plus directe. Elle aimait aller droit au but. Elle posa autant de questions que lui et fut certainement plus renseignée à son sujet que lui à la fin du repas. " Vous feriez un bon flic " ironisa-t-il quand il saperçut quelle était en train de " le mettre à poil ".
-" Ce nest vraiment pas mon genre de parler de moi. " souffla-t-il déconcerté.
-" Ah bon ? Moi je fais ça tout le temps juste ce quil faut ça met en confiance. "
Cétait décidément une drôle de fille.
Leur joute orale dura jusque tard dans laprès-midi. Ils firent la fermeture du restaurant et marchèrent un long moment dans les rues inondées de soleil. Elle nhabitait pas très loin, un studio confortable, à deux pas de la boutique. Elle lui offrit de venir boire un café. Il lembrasa de plaisir Ils ne parvinrent pas à se quitter avant le lendemain matin.
Dînant de caresses, rêvant éveillés
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Jeus beaucoup de mal à lui rendre son corps.
-" Vraiment, il faut que jy aille " soupira-t-il en sextirpant du canapé-lit.
-" Un petit café ? " lui susurrais-je en le retenant. Il avait un dos magnifique. De larges épaules prolongées par de longs bras, fins et musclés.
-" Hum, hum, la dernière fois que tu me las proposé, ça nous a entraînés un peu loin, tu ne trouves pas ? "
-" Au point où on en est "
Je déposais un baiser délicat entre ses omoplates dathlète et je le laissais méchapper. Il prit une douche, but son café lil rivé à la pendule du coin-cuisine.
-" Neuf heures Jaurais les résultats du légiste Je tappelle. Sois prudente. " dit-il un pied sur le palier.
Je lui concédais un sourire déçu - " A bientôt ? "
-" Tu peux y compter ! " assura-t-il, la tête pleine dimages sensuelles.
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Son adjoint laccueillit, lair grivois : - " Alors ? "
-" Lâche-moi. " rétorqua-t-il dun ton désabusé.
-" Oh, oh, cest du sérieux, le patron a des états dâme "
-" Ouais, ben en parlant dâme Tu as des nouvelles de Landru ? "
Cest sous ce charmant sobriquet quopérait le médecin légiste du département.
-" Tu avais raison, il était mort avant de plonger On lui a éclaté la rate, le foie et tu veux dautres détails pour ton petit-déj ? Au fait, taurais pu rapporter des croissants ! "
Il renversa sa chaise contre le mur.
-" Passé à tabac " conclut-il en parcourant lui même la suite du rapport.
-" Vigoureusement interrogé. " insista le jeune Benoît en posant les pieds sur le bureau.
-" Quest-ce quils cherchaient ? " réfléchit-il.
-" Inspecteur Principal Lemarchand, je peux vous parler ? "
Benoît se redressa en entendant la voix du commissaire. Frédéric sourit narquoisement.
-" Repos ! " lança-t-il en passant la porte.
Le Pacha avait des informations dimportance : la victime venait dêtre identifiée, grâce à ses empreintes. Il avait été fiché en soixante-huit, pendant les événements. Il sagissait dun éminent médecin qui pratiquait à Neuilly. Inutile de préciser quil allait falloir se bouger les fesses.
Quest-ce qui lui avait pris dêtre venu se faire tuer à Saint Denis ? ! Et pourquoi avoir raconté quil était " dans les affaires " ? Quel rapport avec la lettre ? Ca allait être coton !
Benoît fit irruption dans le bureau.
-" Fred, cest lécrivain. Elle est au téléphone On a saccagé son cabinet. Elle est au bord de la crise de nerfs. "
X
-" Tu nas rien ? " senquit-il avec empressement. Sa gentillesse malla droit au cur.
-" Non, non, tout va bien ". Jallais le rassurer par un langoureux câlin, mais son collègue le suivait dun peu trop près.
-" Salut ! Eh ben " soupira-t-il en tournant sur lui même.
Du milieu de la pièce en effet, le désastre était très évocateur. Des disquettes jonchaient le sol, les chaises étaient renversées, lordinateur rageusement débranché. Quelques papiers épars donnaient à lensemble une allure de naufrage.
-" Cela a dû se passer cette nuit. " soufflais-je en pensant au rangement.
-" ILS ont forcé le rideau de fer. " renchérit le jeune homme, après vérification.
Frédéric releva une chaise et minvita à masseoir.
-" La lettre, tu crois ? " demandais-je sûre de la réponse.
-" Probable, mais comment ont-ils pu savoir ? Il y a un logo sur tes feuilles ? "
-" Non rien. Pas dans ce genre de cas "
-" Mouais, et puis il a très bien pu lenvoyer avant dêtre agressé. Il avait ton adresse sur lui ? "
-" Non pourquoi ? ! "
- " Je ne sais pas Tu aurais pu lui donner ta carte. " dit-il avec un sourire mutin.
Ma mine offusquée lavait amusé. La situation nen nétait pas moins très sérieuse, voire préoccupante.
-" Le fait est quils sont venus et si cest pour la lettre, ils lont eue. Tu avais laissé la disquette ici, je présume.
-" Et bien oui. Je ne pensais pas avoir besoin de la prendre ". Ce disant, je posais mon portable sur mes genoux et vérifiais instinctivement les disquettes glissées dans la pochette. Javais pris un panel de programmes pour ma visite manquée de la veille. Cependant, je ne me rappelais pas avoir emporté celle que javais entre les doigts. Intriguée, je la sortais du lot.
-" Cest bizarre "
-" Quoi ? "
-" On dirait que celle-là ne mappartient pas. "
-" Tiens, tiens "
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Martine avait fait place nette sur le bureau et retranché le P.C. Le médecin assassiné avait dû glisser subrepticement la disquette dans le sac de la jeune femme, alors quil loccupait à lécriture dune lettre, qui selon toute vraisemblance, nétait quun alibi. Cest donc quil voulait sen débarrasser, la mettre à labri. Cest cela en fait, que les tueurs recherchaient
Elle tenta en vain douvrir le fichier.
-" La bécane est peut-être secouée. " suggéra Benoît.
-" Non, non ça fonctionne " répondit-elle toute à sa concentration. " Rien à faire, je nai pas le bon logiciel. "
-" Il faut pourtant savoir ce quelle a dans le ventre ! Un homme est mort pour ça ! " ragea Lemarchand.
-" Je sais qui pourra nous aider " le rassura-t-elle.
-" Vas-y appelle-le. ". Il lui tendit le téléphone.
-" Impossible. " sourit-elle.
-" Pourquoi ? " sétonna le flic un peu excédé.
-" Parcequil est sourd. " répondit-elle ironiquement.
Le P.C entonna une petite musique tandis quelle pianotait, après avoir tranquillement installé un C.D ROM.
-" Quest-ce que tu fais ? "
-" Il est sourd mais il sait lire Il est souvent sur le NET.
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Javais réussi à joindre David sur Internet. Il nous attendait chez lui. Passé maître dans lart informatique, jespérais quil trouverait le sésame de ce mystérieux fichier. Il habitait " La Goutte dOR " et Frédéric sétonna que jai des connaissances dans le quartier.
-" Pourquoi ? Moi je laime bien ce quartier. Il est plein de saveurs et de parfums exotiques. Il est très inspirateur "
-" Vraiment ? ". Il conduisait nerveusement. " Pas franchement le temps de penser à la bagatelle. " devait-il penser. Et mes états dâmes naurait pu que lexaspérer. Le sourcil anxieux, il ne quittait pas le rétroviseur des yeux.
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Il avait largué son coéquipier pour la suivre à Paris. Il débordait une fois de plus de son terrain. Mais après le " dérapage " de la nuit passée, il nétait plus à une incartade près.
Elle pouvait laider, cétait lévidence. Cette disquette était la clé de laffaire.
-" Quel con ! " hurla-t-il en pilant en plein carrefour.
Elle saccrocha à la portière sans rien dire. Mais elle ajusta sa ceinture de sécurité.
Il semblait très inquiet. Il avait repassé la première brutalement et sétait engagé à contresens dans un couloir de bus.
" Cest bien ma chance " pensa-t-elle, " je suis tombée sur un malade ".
-" Ils sont derrière. " souffla-t-il.
Elle tenta de regarder par dessus son épaule mais il roulait trop vite et tournait à chaque coin de rue.
-" Ils sont gonflés tout de même de filer un flic. " sétonna-t-elle.
-" Alors là tu vois, je ne voudrais pas te faire flipper mais je ne crois pas quil sagisse encore dune filature là, ça serait plutôt du genre poursuite. "
Les deux véhicules roulaient à vive allure dans des rues de plus en plus étroites.
-" Tu connais bien Saint-Ouen ? " senquit-il dans un demi souffle, " il faut absolument les semer. "
-" Tu penses quils sont vraiment dangereux ? "
-" Penses-tu ! Ils veulent juste nous payer un café ! "
La voiture fit une embardée. Ils les avaient poussés sur le trottoir.
- " Les fumiers, ils veulent notre peau ! "
Elle serra la poignée de la porte si fort que ses ongles senfoncèrent dans le cuir.
X
Cette fois-ci jy étais ! Et jusquau cou !
Si javais déjà vécu dangereusement par le passé, jamais je crois je navais éprouvé une telle sensation. Je me faisais leffet dune gamine qui a toujours voulu monter dans les Montagnes Russes et qui, une fois la tête en bas à vingt mètres du sol, prie pour redescendre en un seul morceau.Bon Dieu, ce que jaurais voulu être ailleurs !
Fred agissait en véritable professionnel mais le sang-froid quil affichait ne masquait en rien la gravité de la situation : Ils étaient prêts à nous tuer pour récupérer ce document.
-" Quel con, mais quel con ! " répéta-t-il, " Ils nous ont suivi dès le début. Jaurais dû percuter ce matin ! Dire que cest moi qui les ai mis sur ta piste ah ils ont dû bien rigoler ! "
Ce nétait pas le moment de paniquer mais mon estomac avait atteint son degré dacidité maximal. Une main invisible lavait empoigné et le malaxait dans tous les sens.
-" Tinquiètes pas ma puce, on va sen tirer. "
Il se voulait rassurant mais son angoisse était palpable.
-" Si au moins javais pris la voiture de service, on aurait pu demander du secours. "
-" A lheure du portable, tout de même, on na pas idée " tentais-je avec un brin dhumour.
-" Tas quà utiliser le tien. " répondit-il du tac-au-tac.
-" Touché. Il est en charge à la maison. "
Latmosphère était moins lourde. Le rétroviseur était soudain vide. La rue aussi, dailleurs. Jétais étonnée, à onze heures passées si près de la Mairie.
-" Regarde " Son visage sétait éclairci. Il pointait le doigt en direction dune enseigne, tout à coup bien sympathique : " POLICE ".
-" Je savais bien quil nétait pas loin. On a toujours besoin dun petit commissariat de quartier " sifflota-t-il avec satisfaction, " ça rend toujours service "
Nous nous arrêtâmes devant une grande porte grise.
-" Ca va ? " Il tourna vers moi son minois fatigué. Le stress se lisait encore au fond de ses yeux.
-" Cest fini ? " Je nosais pas me retourner de peur dapercevoir la BM qui nous avait pris en chasse.
-" Ils noseront pas venir jusquici. Du moins je lespère Viens. "
Il mentraîna à lintérieur. Il mimpressionnait vivement. Il se présenta, comme si de rien nétait et empoigna le premier téléphone venu.
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Ils avaient échappé de justesse à de dangereux criminels. Il nétait pas décidé à prendre davantage de risques. Il décréta quil ne mettrait pas en danger lami de Martine.
Il obtint de ses supérieurs lautorisation de se rendre à la clinique. Si on voulait lire la disquette, il ny avait que là où chez le toubib quon pourrait le faire.
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Je me demandais comment mon assureur allait le prendre. Ils avaient maquillé ma voiture façon CESAR et la direction en avait pris un sacré coup !
-" Ne te fais pas de mouron, ladministration va tarranger ça. "
Là, jeus comme un doute
Décidément il mépatait ce gars-là ! Il était parvenu à se faire prêter un véhicule et nous roulions tranquillement sur les quais, vers la banlieue ouest.
Nous tomberions juste dans lheure du déjeuner.
- " Idéal pour fouiner " souligna-t-il.
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Linfirmière blêmit à lannonce du décès de son patron.
-" Mon Dieu, comment est-ce possible ? "
Elle se retint au comptoir. On serait bouleversé à moins Elle finit par sasseoir en écoutant les brèves et néanmoins incroyables explications du policier qui lui demanda de lui indiquer le bureau, où lon pourrait enfin résoudre le mystère. Elle le renseigna et décrocha le téléphone comme une automate.
Cette fois, Martine neut aucun mal à ouvrir le fichier grâce au mot de passe révélé par la secrétaire. Il se tenait derrière elle, appuyé sur la chaise.
-" Des dossiers médicaux " souffla-t-elle dubitative.
-" Il va falloir les éplucher. La solution est là ! "
Ils passèrent quelques minutes à faire défiler le sommaire. Lintuition étant la principale qualité dun bon enquêteur, Fred éliminait un à un les noms inconnus.
-" Tiens, il a soigné celui-là ? Fais voir ".
Il ne retenait que les malades qui auraient pu avoir une quelconque importance médiatique ou politique. On ne tue pas pour Monsieur Tout-le-Monde .
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-" Bingo ! " cria-t-il . Nous en étions à la lettre G.
-" GERFAUT " siffla-t-il, " je parie que cest lui. Il est mort il y a trois jours seulement.
On dit quil sest suicidé, il paraît quil était condamné "
-" Et cest tout à fait exact. " La phrase de lhomme claqua comme un coup de fouet dans le bureau à lambiance feutrée.
Je levais les yeux pour mapercevoir quil nous tenait en joue avec un de ces gros calibres quon ne voit quau cinéma. Ma gorge se serra. Comment avait-il fait pour être là si vite ? Nous avait-il suivis depuis le commissariat ?
Fred ne se départit pas de son calme : " Vous savez ce que ça coûte de braquer un flic ? " essaya-t-il sans grande conviction.
-" Certainement moins cher que de le descendre " rétorqua lindividu, sûr de lui.
-" Pour linstant, il ny a pas de bobo " continua-t-il, " Donnez moi la disquette gentiment et restons-en là. "
Je doutais que les choses puissent sarranger aussi facilement. Evidement, il ne pouvait pas nous tirer dessus, ici, en pleine journée ! Mais nous étions devenus gênants, même si nous navions encore rien vu de vraiment compromettant. Daprès le dossier, GERFAUT était réellement très malade. Il naurait pas vécu plus de trois mois.
Pourtant notre braqueur tentait bien de nous empêcher de découvrir quelque chose et sa détermination faisait peur à voir ! Cela devait être grave.
Je navais pas vraiment peur. Je sentais que Fred me protégerait. Je savais quil irait jusquà risquer sa vie.
La scène se déroula comme au ralenti. Il bondit comme un chat pour tenter de désarmer le malfrat. Leur bagarre ne dura pas plus de trois minutes.
Lorsque le coup partit ils se figèrent tous les deux. Fred en profita pour assener à son adversaire une droite qui le cloua au sol.
Il se retourna pour constater quelle avait glissé sous le bureau, pour se protéger sans doute.
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Je navais pas vraiment eu mal. Javais juste senti comme un violent coup de poing à lépaule, qui mavait déséquilibrée. Je nai pas réalisé tout de suite.
La chaise à roulettes avait reculé dun bon mètre en tournoyant. Et je métais trouvée projetée contre le mur. Je ne pensais pas quune simple balle puisse vous emmener si loin. Pas le temps de crier ou de me plaindre, je métais juste écroulée.
A peine le temps de le voir arriver et se pencher sur moi, je me réveillais dans un lit, enveloppée dune lumière blafarde.
Je constatais sans surprise que jétais dans une chambre de la clinique. Au moins, je navais pas eu loin à aller. Jai toujours eu de la chance
Je le trouvais, à mon réveil, avec la même expression quà mon évanouissement.
-" Ca va aller " me rassura-t-il sur un ton paternel, " tu es hors de danger maintenant. "
Il posa un tendre baiser sur mes lèvres affreusement sèches et me raconta dune voix calme tout ce qui sétait passé durant ma perte de connaissance.
Notre agresseur était un homme de main à la solde de la famille de GERFAUT.
Lindustriel sétait découvert un fils naturel et avait chargé son médecin de pratiquer des tests génétiques afin de confirmer ses présomptions. Une fois celles ci avérées, il avait décidé den faire son héritier. Evidement, cela navait pas plu à tout le monde et disons " que sa famille a voulu abréger ses souffrances "
-" avant que ça se sache " soufflais-je écurée.
-" Eh oui " Il haussa les épaules. " Quand le passé vous rattrape, ON a parfois du mal à faire la part des choses En tous cas, tu ferais une excellente auxiliaire de police ! Tu mas été très précieuse et jai eu très peur. Jai cru un instant que je tavais perdue et là, tu vois, je ne suis pas prêt. " Il dégagea mon front dun geste affectueux, caressant mes cheveux comme on flatte un chaton.
-" Non, je ne suis pas prêt " sussura-t-il en approchant sa bouche de mes yeux, " je crois bien que je t "
-" Chut .. " Je posais mon index sur ses lèvres offertes et murmurais à mon tour : " prends garde à ne pas prononcer trop vite des mots définitifs que tu regretteras peut-être demain. "
Il recula en fronçant un sourcil déçu.
-" Je tappelle " dit-il froidement en membrassant comme une collègue.
X
Il sortit de la chambre un peu groguis. Cétait décidément une drôle de fille.
Mais elle avait raison. Leur attirement réciproque ne les engagerait pas forcément. La liberté a parfois un goût amer
La vision qui soffrit à lui dans le couloir le glaça. Quelles seraient ses chances ? !
Ils étaient là.
Ils arrivaient dun pas pressé par langoisse. Cétait sûrement lui : Un mari, visiblement toujours amoureux, flanqué dune gazelle de dix-huit ans et, surprise, de deux charmants " mineurs de moins de quinze ans " pensa-t-il.
-" Madame BAILLET ? " questionna-t-il sans vraiment savoir qui était cet homme qui sortait de la chambre présumée de son épouse.
-" Cest ici. " répondit Fred en tendant la main. " Je suis linspecteur Lemarchand. Elle va bien. "LAutre lui serra la main sans le regarder, il vérifiait en même temps le numéro inscrit sur la porte.
-" Vous êtes son ex-mari, je présume. " interrogea le flic sans le lâcher.
-" Pas exactement, " cette fois le mari le regarda droit dans les yeux, " son mari, tout simplement. " insista-t-il, " Nous sommes séparés, pas divorcés. " Il semblait tenir à cette rectification.Les enfants avaient rejoint leur mère. Des soupirs de soulagements accompagnaient leurs tendres retrouvailles. Il lâcha sa main et se détourna après léchange dun dernier regard, lourd de sens. Il pensait à la conclusion de son rapport : " Il est bien difficile de faire fi du passé, surtout lorsquil laisse, au présent, des traces aussi vivantes "
Et le fils naturel de GERFAUT nen nétait pas lunique illustration.
FIN.
tous droits réservés Dominique Bleuet 1999



Mémoires dune Amazone.








